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Audrey Brugnoli

Langage Chromatique

Audrey Brugnoli

2012-2016

 

Partenaires 

Color ADD [lien]

 

Recherche par le design comment rendre la photographie accessible et sensible aux personnes malvoyantes par l'utilisation d'un braille des couleurs. Cette recherche, menée de 2012 à 2016 s'est développée sous différents outils allant de l'artisanat aux nouvelles technologies.

Langage Chromatique : Version 1

2012-2015

Photographies tactiles en papier vélin de 10 x 15 cm.

Gaufrage (presse), reliure (édition), pochoirs, métal (pupitre).

 

Le langage chromatique est un code photographique composé des couleurs primaires mises en relation avec la lumière. Une forme est attribuée à chacune d’elle dans une trame où elles peuvent s'y compléter et former les couleurs complémentaires.

En prenant appuit sur Georges Pérec et ses expérimentations autour du souvenir, ce projet manifeste l'envie de manipuler la mémoire et l'aspect poreux qui l'anime. En s'adressant en premier lieu aux mal-voyants, et notamment le manque d'outils sensibles développés pour accompagner leurs souvenirs, le langage chromatique a pour volonté de rendre la photographie accessible sans pour autant passer par le contour des formes. En leur permettant de conserver ainsi leur propre conception et/ou souvenir de la couleur, ces photographies jouent aussi le rôle d'outils synesthétiques. La couleur étant une donnée variable pour chaque mal-voyant : alors que certains s'en souviennent, d'autres ne l'ont jamais perçue et se l'approprient avec les sens. Le langage chromatique prend la forme de support à la mémoire, apportant une porosité nouvelle pour chaque individu.

 

En prenant pour base le braille des couleurs déjà établi dans un hôpital à Porto (Color ADD), le langage chromatique le développe et l'adapte aux critères photographiques (lumière, profondeur...) et en transforme les codes de façon à rendre les images tactiles. Ces images prennent la forme de monochromes pixélisés, renvoyant aux personnes voyantes l'abstraction que représente la couleur pour des mal-voyants. 

Durant ces années de recherches, les outils s'adaptent à la production. Les premières expérimentations étaient faites à partir de pochoirs et les photographies gaufrées à la main à l'aide d'une table lumineuse. Par la suite, des pochoirs ont été réalisés en découpe laser à partir de dessins vectoriels et les photographies gaufrées avec une presse, valorisant le travail artisanal et permettant la production en série d'une même photographie.  

 

Différentes échelles d'images ont été expérimentées, allant du format album-photo jusqu'à l'affiche. Il s'est averré que plus l'image était grande, plus la personne était en difficulté de se figurer l'image dans son ensemble et pouvait se perdre dans les détails, plus l'image était petite, plus les souvenirs prennnaient la forme de pictogrammes et permettaient une vision d'ensemble. Les photographies étaient de fait plus efficace lorsqu'on les présentait sous deux formats différents. 

Ces images-souvenirs à l'aspect malléables rappellent les souvenirs poreux de Georges Pérec qui se transforme avec le temps et l'espace, permettant une introspection nouvelle entre chaque support et les individus. 

Langage Chromatique : Version 2

2015-2016

Programmation, modélisation et impression 3D, découpe laser.

 

Les nouvelles technologies et outils émergents dans le design ont permis de développer le langage chromatique sous une forme moins abstraite et plus systémique. Le code d’origine reste le même, seuls les outils mis en place évoluent, permettant d’obtenir un résultat plus détaillé, dont les formes et leurs profondeurs sont déterminées par des algorithmes et les tirages par des outils numériques. De cette façon, toutes les nuances de couleurs sont représentées, dépendant de la profondeur ou de la surface des formes.

 

A partir d'un programme développé à l'aide du logiciel Processing, les images sont traduites en nuance de gris afin que la matrice (le pochoir) soit gravé à la découpe laser. En plus de se perfectionner, la production en série devient possible : le code peut s’appliquer à n’importe quelle image intégrée dans le programme.

Plusieurs autres méthodes ont été expérimentées, notamment à partir de logiciels 3D et de mapping. Des nuanciés ont aussi été produits mais les formats des imprimantes devenaient rapidement une contrainte. 

 

Le langage chromatique, au delà d'être un support pour la mémoire aux personnes mal-voyantes, permet aussi de questionner nos modes de représentations dans une société où l'image prend une place de plus en plus importante et où le sens de la vue est sans cesse sollicité au détriment des autres. Il met en scène l’acte de voir autant qu’il construit de nouvelles images en permettant de voir sans être attaché à l’identité physique d’une chose. La restriction sensorielle devient ici vectrice d’introspection et offre la possibilité de créer les conditions pour que de nouvelles formes de corps et d’espace puissent émerger.